Lettre du fondateur aux pratiquants et instructeurs
"Le combat n'a rien à voir avec les arts martiaux."
Maître William Cheung
Bien du chemin a été parcouru depuis le mois d'août 1998, période de mon retour d'Australie avec un bagage en main : le Kung Fu Wing Chun. Je me suis expatrié en décembre 1995 pour pouvoir suivre la formation d'instructeur de Wing Chun au sein de l'académie de maître William Cheung, à Melbourne, en Australie.
Le 12 juillet 1998, ce dernier me remettra mon diplôme de "SIFU". De retour en France, j'ai créé l'association "International Wing Chun Kung Fu" que j'ai développé jusqu'à ce jour. J'ai décidé de quitter Rennes en juillet 2006 pour développer un autre club dans la ville de Brest.
Le club de Rennes a été repris par Stéphane Fouillen, un des élèves les plus avancés.
Cette période de transition a été une année de réflexion sur le bien-fondé et l'intérêt d'enseigner le Kung Fu au grand public.
En effet, avec du recul, je regarde ces 8 années passées à Rennes comme le parcours du combattant. Ma première remarque concernera la difficulté à gérer une association.
Lorsque vous décidez de monter une structure comme celle-là, vous devenez chef d'entreprise. Vous allez connaître le bonheur et les joies que procure l'administration française, ce qui n'est pas une mince affaire, croyez-moi !
Ensuite, vous devez vous "vendre", il faut toujours prouver, montrer et démontrer aux administrations et au grand public que ce que vous pratiquez a un intérêt ; cela use au fur et à mesure, doucement, mais sûrement !
Une fois que tout cela est en place (tout en sachant que cela ne finit jamais, c'est un perpétuel recommencement), il ne vous reste plus qu'à enseigner. Je peux vous confirmer qu'enseigner ce type de connaissance est très fatiguant si vous le faites avec sérieux.
Pour résumer, au sein de votre association, vous portez plusieurs casquettes : chef d'entreprise, président et professeur avec les responsabilités que cela représente !!!
Le tableau semble bien noir et peu attrayant....
Je me suis donné une année pour décider si cela valait le coup de continuer. Après mûres réflexions, j'ai décidé que oui mais qu'il fallait changer beaucoup de choses, notamment mon approche de l'enseignement et le public visé.
J'ai l'habitude de dire à mes élèves : "C'est ce à quoi vous tenez le plus qui vous empêche d'avancer ". Il était temps que j'intègre ce proverbe à mon mode de vie.
Lorsque l'on décide de se former dans les arts martiaux chinois, il ne faut pas perdre certaines choses de vue pour pouvoir évoluer toute sa vie.
La première partie est l'apprentissage du système. En Wing Chun, elle dure de 5 à 7 ans. Elle est dédiée à l'apprentissage, à l'assimilation des formes et les applications qui en découlent.
Une fois instructeur, on doit passer à la phase d'intégration. Il faut que le système devienne partie intégrante de vous-même. Le meilleur moyen est l'enseignement et une fois que vous avez formé une personne, le processus est terminé.
Arrivé au stade de maîtrise, vous avez le devoir de remettre quelque chose dans le système. On appelera cela de la recherche. Très peu de gens arrivent à ce stade car cela demande trop de temps et d'énergie.
C'est pour cela que les maîtres ont un mode de vie assez particulier et souvent hors société.
Je suis arrivé au troisième stade et mon projet d'enseignement sur Brest prend forme.
A l'heure actuelle, je fais des recherches sur la manière d'optimiser les entraînements (globalement moins de travail pour plus de résultats).
Ma base de travail est le Qi Gong version Yi Quan, que j'intègre graduellement dans les formes de Wing Chun. Je n'invente rien, je suis le processus que d'autre ont suivi avant moi.
Il est intéressant de noter qu'un bon pratiquant doit s'entourer de gens (maîtres) compétents pour pouvoir évoluer. Cela a toujours été le cas dans le monde des arts martiaux chinois.
Pour ma part, j'ai eu une douzaine de professeurs, dont trois maîtres détenteurs.
Je suis assisté dans ma pratique de la posture (Zhan zhuang) par un ami rencontré en Australie, Bertrand Hurpy, élève de Ming Shan qui est le représentant du système Yi Quan en France.
C'est un nouveau départ pour moi car ce type de pratique permet d'optimiser mon Wing Chun, c'est à dire explorer certaines parties du système qui ne sont accesssibles que par ce type de travail et de mettre un "turbo" sur les parties acquises.
De plus, il n'y a pas de limite, ni dans la progression, ni au niveau de l'âge !!!
Au dessus de tout, c'est surtout le fait que mes anciens élèves prennent le relais qui m'incite à continuer.
Ce site est le fruit de nos concertations et est la vitrine de notre manière de faire et de penser.
Avant de quitter Melbourne en 1998, je me suis mis un projet en tête : "développer le Wing Chun dans toute la Bretagne".
Il y a, à l'heure actuelle, 6 clubs créés dans le Grand Ouest.
Je remercie toutes les personnes qui ont contribué à ce développement qui j'espère n'est qu'à son début. Je dirai, pour finir, que la route est longue, d'autant plus qu'il n'y a pas de fin, ni de but et que c'est à travers la douleur, le doute et les difficultés que l'on progresse réellement.
SIFU YVES DANTEC
"Les grands mouvements sont moins bien que les petites mouvements, les petits mouvements sont moins bons que l'immobilité, l'immobilité est le vrai mouvement."
Wang Xiang Zhai (fondateur du Yi Quan)